Par Alessandra Bernardes Faria Campos
Campos, Alessandra Bernardes Faria. Graines d’espoir : militances-éducatrices de femmes rurales et production de territorialités de vie et de résistances dans la Zona da Mata de Minas Gerais [Sementes de esperança: militâncias-educadoras de mulheres do campo e a produção de territorialidades de vida e resistências na Zona da Mata mineira]. Université fédérale d’Ouro Preto, programme de doctorat en éducation, décembre 2023. Directeur de thèse : Prof. Dr Marco Antônio Torres. Co-directrice de thèse : Prof. Dr Bárbara Bruna Moreira Ramalho.
Thèse associée au projet GENgiBRe
Ce texte présente le parcours et les résultats d’une thèse de doctorat qui a pour objet d’analyse les relations entre les femmes rurales, l’éducation populaire et l’anticolonialisme. Partant d’une conception de l’éducation qui ne se limite pas à l’éducation scolaire, mais qui s’étend à la production de façons d’être au monde et à la production de cosmoperceptions, nous nous interrogeons sur le rôle, la nature et les sens éducatifs de la présence et de l’action des femmes dans les luttes populaires. Nous orientons notre sensibilité interprétative vers la présence et la praxis éducative des femmes sur trois fronts de lutte : le projet GENgiBRe, le réseau SAPOQUI (Réseau des savoirs des peuples quilombolas de la Zona da Mata) et la Commission régionale de lutte contre l’exploitation minière de la Serra do Brigadeiro/Puri (état de Minas Gerais, Brésil). L’objectif de l’étude est de comprendre comment les femmes dénoncent et remettent en question les colonialités dans la campagne de la Zona da Mata de Minas Gerais, y compris celles présentes dans les luttes populaires de la région, en exprimant leurs perceptions, leurs positions et leurs alternatives anticoloniales.
En termes théoriques, politiques et méthodologiques, nous nous appuyons sur des références considérées comme anticoloniales, telles que des ouvrages, des réflexions et des actions guidées par les processus déclenchés par la colonisation et perpétués par la colonialité dans les territoires conquis. On y trouve des auteurs et autrices de la pensée décoloniale, ainsi que des références aux approches décoloniales et anticoloniales. Nous dialoguons également avec le domaine des épistémologies féministes, dans leur multiplicité, telles que les féminismes subalternes et décoloniaux/décoloniels, les féminismes noirs et les féminismes critiques. À ces références s’ajoutent des lectures qui traitent de l’éducation populaire. Avec ces autrices et auteurs, nous réfléchissons à l’éducation et à la colonialité, aux inégalités et aux violences de genre, au racisme, à l’eurocentrisme et à l’épistémicide, ainsi qu’aux résistances et à la production d’alternatives menées par les femmes. En nous appuyant sur la recherche participante, nous avons suivi l’action militante de cinq femmes, en partageant avec elles nos perceptions sur ces actions, consignées dans des carnets de terrain que nous avons intitulés « Relatos Compartilhados » (Récits partagés). Nous avons également réalisé des entretiens narratifs sous la forme d’un « Rio da Vida » (Rivière de la vie). À partir des résultats de la recherche, en dialogue avec les débats dans le domaine des mouvements sociaux et de l’éducation, nous avons formulé la catégorie de « militance-éducatrice », où la militance est comprise comme productrice de processus éducatifs. Il a également été possible d’affirmer la présence et le protagonisme spécifiques des femmes dans les luttes sociales dans les champs sociaux et les territoires où elles agissent, en identifiant les perceptions, produites socialement, qui marquent leur présence dans le monde et leur action militante. Le corps, les soins, l’affectivité, la solidarité apparaissent comme constitutifs de l’action militante-éducatrice de ces femmes, exprimés tant dans les relations interpersonnelles que dans les instruments qu’elles produisent dans le contexte des luttes populaires, à partir d’une perspective populaire, anticapitaliste, féministe et antiraciste.


