Par Clara Teixeira Ferrari
FERRARI, Clara Teixeira, D.Sc., Université Fédérale de Viçosa, avril 2024. Tlamum Ukuá : marqueurs de l’ethnicité Puri dans les systèmes agroalimentaires [Tlamum Ukuá: marcadores da etnicidade Puri em sistemas agroalimentares]. Directrice: Irene Maria Cardoso. Co-directrices: Isabelle Hillenkamp e Maria Alice Mendonça.
Thèse associée au projet GENgiBRe.
Les autochtones Puri ont été considérés comme éteints au XIXe siècle, mais lors du recensement de 2010, 675 personnes se sont autodéclarées comme appartenant à cette ethnie, qui est désormais considérée comme étant en ethnogenèse. Ce processus redéfinit ce que signifie être autochtone et propose de nouvelles façons d’être et de s’assumer en tant que Puri dans le présent. Le peuple Puri renaît peu à peu et retrouve son identité malgré les absences et les non-existences créées et recréées au cours de deux siècles d’effacement. L’ethnicité Puri, dans la Zona da Mata de Minas Gerais, est en train d’être repensée de différentes manières et mobilise une multitude de sujets, parmi lesquels des agriculteurs familiaux qui s’identifient comme Puri ou descendants de Puri et leurs organisations. Dans les systèmes agroalimentaires actuels des agriculteurs Puri ou descendants Puri, on trouve des éléments historiques et des traits culturels qui affirment la condition de l’ethnie Puri dans l’actualité.
Ainsi, l’objectif de cette recherche a été d’identifier et d’analyser les marqueurs possibles de l’ethnicité Puri dans le processus de conception et de gestion de leurs systèmes agroalimentaires. Plus précisément, il s’est agi i) d’analyser l’ethnogenèse Puri, l’émergence de cette ethnicité et les marqueurs qui se dégagent dans ce contexte de reconstruction identitaire ; ii) d’identifier et d’analyser les relations établies entre les agriculteurs et agricultrices Puri, les animaux et les plantes de la forêt ou élevés et cultivés depuis des générations par leurs ancêtres ; iii) de comprendre comment les espaces de la forêt et des champs, à partir de leurs éléments, usages et significations, contribuent à la reconstruction de l’ethnicité Puri ; iv) d’analyser les formes d’utilisation et d’entretien des agroécosystèmes et sous-agroécosystèmes des agriculteurs et agricultrices familiaux Puri ; v) d’analyser et d’évaluer les sols des agroécosystèmes Puri d’un point de vue scientifique, ainsi que la terre, à partir de la compréhension des agriculteurs et agricultrices Puri. La recherche a été menée principalement dans la Serra do Brigadeiro (revendiquée comme Serra dos Puri), dans la Zona da Mata de l’Etat de Minas Gerais.
Les méthodologies utilisées ont favorisé des espaces riches en réflexion et en échanges entre les participants lors de visites, réunions, rencontres, marches, combinées à des entretiens, questionnaires, ethnocartographies, imagerie par drone, analyses de sols et échanges.
Les données ont révélé que l’ethnicité Puri se manifeste dans les processus de mobilisation, de participation et d’organisation populaire et que la résistance s’exprime silencieusement au quotidien, en dialogue et en tension avec la question environnementale et le processus de reconquête du territoire. L’amour et le soin apportés à la terre et à la forêt, la patience, la coopération, la recherche du consensus et la vie en communauté semblent constituer des marqueurs importants pour comprendre l’ethnicité dans la Serra dos Puri, tout comme leur manière spécifique de résister, avec souplesse et persévérance.
Les interactions avec les animaux, les champignons et les plantes, leurs utilisations alimentaires et artisanales, anciennes et actuelles, suggèrent d’autres marqueurs culturels. La diversité bioculturelle peut être considérée comme un marqueur de l’ethnicité Puri dans les systèmes agroalimentaires paysans de la Zona da Mata, qui intègrent les espaces des cultures et de la forêt et suggèrent une ontologie Puri liée à l’existence d’un continuum écologique et immatériel entre les espaces agricoles et forestiers.
L’analyse des usages et des significations des agroécosystèmes Puri a révélé des pratiques de solidarité, de réciprocité et de préservation d’une mémoire familiale et collective. Ces agroécosystèmes sont également traversés par les logiques capitalistes et hégémoniques de l’agriculture, révélant que l’agriculture Puri est également imprégnée de contradictions. Il existe des plantations de café cultivées en monoculture et avec des agrotoxiques (pesticides), et des plantations de café agroécologiques, où la monoculture cède la place à la diversité, qui apporte des avantages importants, tels que le contrôle biologique, la pollinisation, le recyclage des nutriments et la qualité de l’eau.
Les analyses des flux internes et externes dans les plantations de café et dans les jardins et potagers ont révélé la coexistence d’échanges écologiques, avec la nature, et économiques, avec le marché, ainsi que des relations de réciprocité, qui influencent la qualité des sols. Les analyses participatives du sol ont indiqué une meilleure qualité des sols dans les jardins et potagers, tandis que les analyses chimiques ont indiqué une meilleure qualité des sols dans les plantations de café. Il a été constaté que la bonne qualité des sols ne dépend pas de l’utilisation d’intrants externes et qu’elle est renforcée par la biodiversité, la gestion des déchets et la complexité des flux internes des agroécosystèmes.
Le soin, útxe, apporté à la terre dans les agroécosystèmes a démontré une compréhension de la terre au-delà du sol, du substrat ou base physique, car la terre est un lieu où l’on vit, où l’on joue, où l’on cohabite et où l’on se connecte aux histoires familiales, à la mémoire affective et à l’ancestralité. Tout en étant entretenue, la terre prend soin, nourrit et guérit. La diversité des jardins et des potagers, leur lien étroit avec les flux internes des agroécosystèmes, la faible variation statistique des sols des jardins et potagers et leur importance alimentaire, nutritionnelle, médicinale et affective ont révélé leur importance en tant qu’espaces contre-hégémoniques, même au sein de propriétés plus conventionnelles. C’est dans la résistance des jardins et potagers, souvent cachés dans le paysage, que l’ethnicité Puri s’est révélée avec le plus de force dans les agroécosystèmes des familles d’agriculteurs Puri.